Dix ans de trithérapie et maintenant ?
Que de chemin parcouru en dix ans ! Trithérapie : c’est
comme ça que l’on a appelé dès le début
ces associations de trois anti-rétroviraux qui permettaient
de bloquer la réplication du VIH, de stopper la progression
de la maladie et, on l’a su très rapidement, de corriger
le déficit immunitaire. Les premières années,
une trithérapie comportait obligatoirement un inhibiteur de
protéase, souvent difficile à supporter, le nombre de
prises et de comprimés était élevé et
surtout, il n’y en avait pas pour tout le monde (il a fallu
pendant plusieurs mois gérer une pénurie, une situation
aussi difficile à vivre pour les malades que pour les médecins).
Ces trithérapies ont cependant transformé l’évolution
de la maladie, permettant à plus de 70 % des patients d’avoir
une charge virale indétectable et de voir leurs lymphocytes
CD4 remonter. Bien sûr, la survenue des complications métaboliques
induites par ces traitements, les échecs des premières
stratégies d’allégement, les difficultés
de prise en charge des malades infectés par des virus résistants,
sélectionnés par les années précédentes
de mono et bithérapie sont venu tempérer l'enthousiasme
initial. Cependant, des traitements plus simples, mieux tolérés
tant à court qu’à moyen terme ont récemment
apporté de nouveaux espoirs. L’arrivée de nouveaux
médicaments appartenant à de nouvelles classes thérapeutiques
(anti-CCR5, anti-intégrase, inhibiteur de maturation, ...)
devrait permettre d’améliorer encore les stratégies
de traitement, aussi bien chez les malades "naïfs" d’anti-rétroviraux
que chez les patients multi-traités.
Mais il reste encore tant de chemin à faire, avec en particulier
pour les prochaines années la poursuite de la simplification
des trithérapies, la réévaluation de stratégies
d’induction-maintenance, la bonne utilisation des nouveaux médicaments
pour les traitements de sauvetage, mais aussi l’amélioration
de la prise en charge individuelle des patients (éducation
thérapeutique, aide à l’observance, prévention
des complications métaboliques, ...), la défense des
droits des patients migrants et en situation de grande précarité sociale,
la promotion de l’accès aux anti-rétroviraux dans
les pays en développement, ...
C’est de ces perspectives que nous vous invitons à débattre
au cours de ces 12èmes Assises de la SFLS que la Bourgogne et la Franche-Comté sont
heureuses d’accueillir en cette année 2006.
Pascal Chavanet
Bruno Hoen
Henri Portier
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